J’ai créé SOFILM en 1994 pour accueillir des films et leurs productions. Cette activité s’est très vite doublée d’une mission, car nous participions à la reconstruction d’une nation sinistrée. Mon expérience de producteur, mon goût pour l’ailleurs et l’altérité, la situation particulièrement pénible où se trouvait ce pays et la profession, ont motivé mon investissement.
L’arrivée à Sofia dans une ère transitoire et chaotique fut plutôt difficile, mais l’ampleur de la tâche, la richesse et l’intensité des relations humaines étaient stimulantes.
C’est en 1990 que je fis mon premier voyage à Sofia pour rencontrer Constantin Pavlov, grand poète et dissident bulgare, auteur d’un scénario que Peter Popzlatev, réalisateur de «Moi la comtesse», remarquable premier film, voulait réaliser. Avec «Quelque chose dans l’air» son second film, nous avons été les artisans de la première coproduction Franco/Bulgare.
Producteur indépendant, j’ai été membre de nombreuses commissions pour le C.N.C et notamment pour celle du fonds ECO, sorte d’avance sur recettes, destinée aux réalisateurs de l’Est après la chute du mur. Nous avions pour mission d’accompagner les écritures et d’attribuer des aides sélectives pour favoriser les coproductions avec la France. Ce mandat achevé, je m’impliquais un peu plus avec le cinéma Bulgare en coproduisant 3 autres films et 1 documentaire. Nous avons sorti ces films à Paris en Janvier 1998.
C’est l’époque où nous avons décidé avec Valéria Sarmiento de venir tourner ELLE remake de EL de Luis Bunuel, et dernier film d’ARION productions, société que j’avais créée au tout début des années 80 à Paris. La fragilité du financement pour faire ce film en condamnait sa production en France comme ailleurs, et la Bulgarie devint l’asile et le partenaire inespéré. COMPAGNONS SECRETS, un film de Pierre Beuchot pour ARTE devait suivre cette même piste bulgare et pour les mêmes raisons, en permettre son existence.
D’autres productions empruntèrent ce chemin, ainsi je devenais pour la profession bulgare un acteur économique et culturel qui compte et pour mes collègues français un moyen efficace de pallier les manques de financement.
Les films se sont succédés, dans leur majorité pour des raisons de décors, d’histoire et d’époque, concomitantes aux faibles coûts de production, mais l’un des facteurs déterminants «du voyage en Bulgarie» outre sa nature diverse et magnifique, ce sont les équipes locales de techniciens, les prestataires, et les acteurs. C’est à leur compétence, leur talent et leur convivialité que je rends ici hommage, car ils sont les partenaires attentifs et efficaces des entreprises délicates que sont les films. Ils surent toujours s’adapter à d’autres cultures et à d’autres pratiques de travail.
Patrick Sandrin